Deux personnalités se réclamant de la tradition gabonaise, Maître Dokira Atsam Ella, présenté comme « nganga », et Junior Xavier Ndong Ndong, président du Conseil national des rites et traditions du Gabon, ont été interpellées le dimanche 4 janvier 2026 à la suite de déclarations publiques ayant suscité une vive controverse et profondément choqué l’opinion.
Selon les informations communiquées par la Direction générale des recherches (DGR), les deux hommes sont mis en cause pour des propos dans lesquels ils auraient évoqué l’existence, voire la pratique, de crimes rituels impliquant des êtres humains. Ces déclarations ont provoqué une onde de choc, d’autant qu’elles rompent avec les discours habituellement associés aux rites et traditions gabonais, généralement limités à des sacrifices symboliques ou d’animaux, excluant toute atteinte à la vie humaine.
Les faits reprochés portent notamment sur la diffusion présumée de fausses informations et sur des déclarations assimilées à une banalisation, voire à une apologie des crimes rituels. Une position jugée en contradiction manifeste avec les fondements des traditions gabonaises, lesquelles reposent sur des pratiques codifiées, symboliques et respectueuses de la dignité humaine.
Dans ses propos, Maître Dokira Atsam Ella a tenu un discours particulièrement polémique, affirmant que le sacrifice ne relèverait ni du bien ni du mal, mais dépendrait de son acceptation spirituelle. « Le sacrifice n’est ni mauvais ni bon. Il dépend de l’acceptation du sacrifice. (…) Le crime, je ne le dis pas mauvais. Il se tient dans la vérité des lois spirituelles… Et si les gens souffrent, ça, c’est leur problème », a-t-il déclaré, des propos qui ont immédiatement suscité l’indignation.
De son côté, Junior Xavier Ndong Ndong s’est exprimé dans une longue vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, se disant prêt à assumer ses déclarations devant la justice. « Qu’ils aillent me porter plainte, j’assumerai mes actes. Je ne fais que dire la vérité », a-t-il affirmé. Il y dénonce ce qu’il qualifie de répartition inéquitable des richesses nationales, estimant que certains cercles privilégiés bénéficieraient indûment des ressources de l’État, tandis que « le reste des Gabonais peut être misérable ».
Poursuivant son discours, il appelle à une remise en cause radicale de l’ordre établi, déclarant que « ce système-là, c’est ce système que nous devons détruire à tout prix ». Il évoque également une supposée menace contre la stabilité du pays, accusant des acteurs étrangers et des figures qu’il qualifie d’« extrémistes » de vouloir déstabiliser le Gabon. « Je défie les marabouts du Nigeria, du Bénin, du Togo, du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Ils ont décidé de déstabiliser le Gabon », a-t-il lancé, allant jusqu’à évoquer un scénario d’insurrection visant, selon lui, à provoquer un renversement des institutions.
Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par la découverte récente de crimes et de disparitions non élucidées, dont le cas du jeune Cameron, qui a profondément ému l’opinion publique. Dans ce climat déjà chargé d’émotion et d’inquiétude, les propos incriminés ont contribué à alimenter une psychose collective.
Au-delà de la controverse, les autorités reprochent aux deux personnalités d’avoir porté atteinte au vivre-ensemble, favorisé la banalisation de la violence et contribué à un climat assimilable à une incitation à la haine. Une enquête est en cours afin d’établir les responsabilités et de déterminer la portée exacte des propos tenus.
Les deux hommes affirment désormais s’être mal exprimés et nient toute pratique ou promotion de crimes rituels, rejetant toute implication dans des actes de violence. Cette affaire relance le débat sur la responsabilité de la parole publique et sur la nécessité de préserver les traditions gabonaises de toute dérive susceptible de menacer la cohésion sociale.

