Il fut journaliste par vocation, intellectuel par discipline, serviteur de l’État par sens du devoir. Avec la disparition de Louis-Barthélémy Mapangou, le Gabon perd bien plus qu’une grande plume : une conscience exigeante, une certaine idée de la parole publique et une génération pour laquelle l’intelligence, la mesure et l’Histoire structuraient encore l’action médiatique et civique.
La disparition d’un type d’homme
Louis-Barthélémy Mapangou s’est éteint.
Mais au-delà de l’émotion légitime, sa disparition impose une lecture plus ample : ce n’est pas seulement un homme qui s’en va, c’est une figure, une manière d’être au monde et d’exercer la responsabilité intellectuelle dans la cité.
Il appartenait à cette génération rare pour laquelle le journalisme n’était ni agitation ni mise en scène de soi, mais une discipline exigeante, fondée sur la rigueur, la culture et le sens du bien commun.
Le goût du verbe et la discipline du sens
Dès ses débuts à Radio Gabon, Mapangou se distingua par une attention scrupuleuse portée au mot juste. Il savait que la langue est un instrument fragile : mal employée, elle brouille ; maîtrisée, elle éclaire.
Informer, pour lui, relevait d’un art de la mesure. Dire sans excès, expliquer sans céder à la simplification, transmettre sans rechercher l’effet. Héritier assumé de l’humanisme des Lumières, nourri de l’exigence encyclopédique, il concevait le journalisme comme un exercice de raison avant d’en faire un espace d’opinion.
Comprendre avant de juger
Louis-Barthélémy Mapangou ne se satisfaisait jamais de la surface des événements. Il en cherchait la cohérence, les rapports de force sous-jacents, les temporalités longues. Il savait que le silence peut être plus signifiant que la parole, et que l’Histoire se joue souvent loin des déclarations immédiates.
Cette capacité à embrasser les systèmes faisait de lui non un simple témoin, mais un analyste attentif du politique, du social et du médiatique.
Le pouvoir discret des antichambres
Son parcours le conduisit naturellement au contact des lieux de décision : ministères, Présidence, conseils d’administration.
Il y exerça une influence réelle, mais jamais ostentatoire. Il connaissait la différence entre proximité et compromission, entre autorité et exhibition.
Il préférait laisser une trace plutôt que signer une victoire personnelle, convaincu que le pouvoir véritable agit dans la durée et la discrétion.
Africa N°1, une voix africaine structurée
À Africa N°1, Louis-Barthélémy Mapangou contribua à l’émergence d’une parole africaine crédible, construite, respectée. Il y porta une vision panafricaine exigeante : parler de l’Afrique par l’Afrique, sans posture ni complaisance, avec méthode et hauteur de vue.
Cette ambition s’inscrivait dans un moment intellectuel précis de l’histoire contemporaine, celui des grands débats internationaux sur l’information et la communication.
Souveraineté du récit : Mapangou et l’héritage du NOMIC
C’est ici que le parallèle avec Amadou Mahtar Mbow s’impose avec évidence.
Lorsque ce dernier, à la tête de l’Unesco, porta l’exigence d’un Nouvel Ordre mondial de l’information et de la communication, il affirmait un principe cardinal : le droit des peuples à produire, maîtriser et diffuser leur propre information.
Le rapport McBride, Un seul monde, des voix multiples, dénonçait les déséquilibres structurels du système mondial de l’information et l’asymétrie des flux imposée aux pays du Sud.
Tandis que Mbow affrontait ces résistances dans l’arène diplomatique, Mapangou en donnait la démonstration concrète. Là où l’un formulait la théorie, l’autre en prouvait la faisabilité. L’un plaidait pour un rééquilibrage normatif ; l’autre le réalisait par la création patiente d’institutions médiatiques africaines durables.
Tous deux savaient que la souveraineté commence par le récit. Et que priver un peuple de sa parole, c’est déjà l’amoindrir.
Le Mémorial du Gabon, acte de mémoire
Avec Le Mémorial du Gabon, Louis-Barthélémy Mapangou fit œuvre d’historien. Conscient de la fragilité de la mémoire nationale, il entreprit de fixer les faits, de documenter les trajectoires, de donner à l’Histoire gabonaise une assise écrite et transmissible.
Ce travail demeure un repère et un rempart contre l’oubli.
Rigueur morale et solitude du juste
Homme de principes, Mapangou ne confondit jamais loyauté et servilité. Cette exigence morale eut un prix : celui de la solitude, parfois, et de l’incompréhension.
Il avait appris à connaître l’homme pour ne plus s’en scandaliser. Mais il n’avait jamais renoncé à ses principes.
À l’heure où il rejoint la terre de Ndendé, son berceau, le Gabon s’incline sans emphase. Car certains hommes ne laissent ni slogans ni vacarme, mais une référence silencieuse.
Louis-Barthélémy Mapangou fut de ceux-là.
En disparaissant, il n’a pas fermé une page : il a fixé une exigence.

