La réforme du code de la nationalité suscite un vif débat au sein de l’opinion publique gabonaise. Si elle est présentée comme un moyen de renforcer la souveraineté nationale, elle soulève néanmoins de nombreuses interrogations, notamment quant à ses implications sur la cohésion sociale.
Au cœur des débats, l’article 58, qui trouve la volonté affichée de redéfinir les conditions d’accès à la nationalité gabonaise, mais aussi de restreindre l’accès à certains postes jugés sensibles aux seuls citoyens remplissant des critères spécifiques. Pour certains citoyens , cette réforme apparaît comme une nécessité. « C’est une bonne mesure, car elle vise à protéger la fonction présidentielle. Il est important, selon moi, qu’à la tête du pays se trouve un fils autochtone du Gabon, pleinement gabonais, capable de défendre au mieux les intérêts de sa population », a indiqué Guy sauvin Nzacy, rieverain.
D’autres redoutent un impact sur le vivre-ensemble, évoquant des précédents dans la sous-région et appellent à la prudence face à une mesure jugée sensible. « Dans une société métissée comme le Gabon, où il est difficile de définir un “Gabonais 100 %”, cette mesure risque de créer des tensions et de mettre mal à l’aise une partie de la population comme cela s’est passé en côte d’Ivoire », Rappel Jean Wilfried Boussiengui, riverain.
Pour de nombreux observateurs, cette réforme s’inscrit avant tout dans une logique d’adaptation aux mutations du pays. « Il est tout à fait opportun de refonder notre code de la nationalité Parce que celui actuellement en vigueur date de 1999. Vous conviendrez donc qu’entre 1999 et 2026, les réalités politiques, économiques et sociales ont profondément évolué et connu de nombreux bouleversements », indique Cyr Palvlov Moussavou.
Dans cette perspective, la réforme apparaît comme une réponse à des pratiques passées jugées problématiques. « l’objectif de ce nouveau code soit de fragiliser le vivre-ensemble. Bien au contraire, il vise à le renforcer. Il s’agit de mettre en place des mécanismes garantissant que ceux qui accèdent aux plus hautes fonctions de l’État comprennent pleinement leur mission : se mettre au service de la République, de la nation et des populations », explique le sociologue Cyr Pavlov Moussavou, avant de renchérir : « Il s’agit plutôt d’apporter une réponse concrète à une aspiration exprimée par les Gabonais, notamment au lendemain du coup de la libération du 30 août 2023. Certains ont acquis la nationalité par des voies jugées douteuses, avant d’accéder à des postes de haute responsabilité. Cela a suscité des inquiétudes légitimes », a-t-il ajouté.
Pour autant, tout n’est pas figé. Le sociologue appelle à un examen approfondi du texte par les institutions compétentes : « Il est important que cette ordonnance passe par l’Assemblée nationale pour être améliorée ». Une étape jugée essentielle pour trouver un équilibre entre exigences de souveraineté et préservation du vivre-ensemble. Au final, la réforme du code de la nationalité apparaît comme un exercice délicat : répondre à une demande de rigueur et de protection tout en évitant les risques de fracture sociale. Un débat qui, à en croire les réactions, est loin d’être clos.

