Déclenché depuis le 10 décembre 2025, le mouvement de grève observé par plusieurs syndicats d’enseignants, notamment le Syndicat de l’Éducation Nationale (SENA), le SYNETECPRO et le collectif SOS Éducation, continue de paralyser le fonctionnement normal des établissements publics au Gabon. Ce lundi 5 janvier 2026, la reprise des cours reste largement compromise dans de nombreuses écoles primaires et secondaires du pays. Au cœur de cette mobilisation, un cahier de charges détaillé, de recensement des préoccupations, traduit la volonté du corps enseignant de participer activement à l’amélioration de ses conditions de vie et au renforcement du système éducatif national.
Dans plusieurs établissements publics de Libreville comme à Lambaréné, le constat est le même : absence d’enseignants dans les salles de classes, de même que le personnel administratif. Les élèves sommés de regagner leurs demeures, signe que le mouvement se poursuit. Une situation qui plonge les parents et apprenants dans une forte inquiétude face au retard accumulé dans le programme scolaire. « Nos enfants perdent des semaines précieuses et nous ne savons pas quand les cours reprendront normalement », déplore Diego falandry un parent d’élève, avant de renchérir « j’ai une fille en classe de terminale, il y a donc un impératif pour elle d’aller en cours et suivre le programme afin qu’elle soit prête pour son baccalauréat, mais dans de telle conditions, ce ne sera pas vraiment facile ».
Cette instabilité perturbe l’organisation familiale, fragilise le suivi scolaire des enfants et accentue l’inquiétude des parents, qui redoutent les conséquences de ces interruptions répétées sur l’avenir éducatif de leurs enfants. Pourtant, la crise n’est pas survenue sans avertissement. Le préavis de grève avait été déposé dès le 4 septembre 2025 par le SENA, suivi, le 5 septembre, d’une rencontre avec l’ancien ministre de tutelle par intérim, Dr Simplice Désiré Mamboula. À l’issue de cette audience, l’analyse des revendications, notamment celles liées aux situations administratives, avait mis en évidence un problème transversal, impliquant à la fois les ministères de l’Éducation nationale, de la Fonction publique et du Budget.
Face à l’absence d’avancées concrètes, le SENA et le SYNETECPRO ont conjointement lancé une grève d’avertissement du 10 au 13 décembre 2025. Le 11 décembre, les deux syndicats ont été reçus par le ministre de l’Enseignement supérieur, assurant l’intérim du ministre de l’Éducation nationale. Mais là encore, selon Magloire Memiaga, Secretaire Général du Sena, aucune mesure concrète n’a été actée, renforçant le sentiment de blocage. « Aujourd’hui, nous attendons un signal fort du gouvernement, en particulier sur la régularisation des situations administratives : recrutements, intégrations, titularisations, reclassements et avancements, avec effets financiers », a déclaré le syndicalistes.
À ce sujet, le SENA et le SYNETECPRO proposent la mise en place urgente d’une commission interministérielle, réunissant l’Éducation nationale, la Fonction publique et le Budget. Objectif : instaurer un guichet unique capable d’accélérer et de sécuriser le traitement des dossiers administratifs des enseignants. Si le paiement des vacations a été évoqué par les autorités, les syndicats estiment que cette mesure, bien que nécessaire, reste insuffisante.
« Le paiement des vacations oui, mais nous attendons la régularisation des situations administratives par la mise en place d’une commission interministérielle, c’est-à-dire le guichet unique pour accélérer le processus de régularisation des situations administratives », a ajouté le Secrétaire général du Sena. Au-delà des revendications salariales, cette grève met en lumière les failles persistantes de la gestion administrative de l’éducation nationale, dont la résolution conditionne désormais l’avenir de l’année scolaire.
En attendant une réponse concrète des autorités, les salles de classe restent dans certains établissements désespérément vides, laissant élèves et parents suspendus à l’issue d’un dialogue social encore incertain. Alors que les syndicats tendent la main à travers la proposition d’une commission interministérielle, la balle est désormais dans le camp du gouvernement, appelé à transformer les promesses en décisions concrètes.

