À Libreville comme dans d’autres villes du pays, une question revient de plus en plus dans les discussions quotidiennes des travailleurs : le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et le Revenu minimum mensuel (RMM) permettent-ils encore de vivre décemment au Gabon ? Face à la hausse du coût de la vie, la réponse semble, pour beaucoup, de plus en plus incertaine.
Selon la législation gabonaise, le SMIG est fixé à 80 000 francs CFA par mois, c’est-à-dire le minimum légal en dessous duquel aucun salarié ne peut être rémunéré pour un travail à plein temps. Le RMM, qui inclut ce SMIG ainsi que diverses primes (logement, transport, solidarité, etc.), s’élève à au moins 150 000 francs CFA par mois pour une semaine de travail de 40 heures.
Ces montants sont en vigueur depuis plusieurs années et n’ont pratiquement pas évolué, malgré l’inflation et l’augmentation notable du coût des biens de première nécessité dans le pays. Dans la sous-région CEMAC, cette grille place pourtant le Gabon parmi les pays où les salaires minimaux sont les plus élevés.
Pour Juliette Obone, femme de ménage à Libreville, le RMM reste insuffisant. « Avec 150 000 francs, je dois couvrir le loyer, la nourriture, le transport et l’école des enfants… C’est un vrai casse-tête chaque mois. ». Comme elle, de nombreux travailleurs disent devoir faire des arbitrages difficiles pour survivre.
Jean-Hubert, agent de sécurité depuis plus d’une décennie, confie qu’une légère augmentation de salaire obtenue il y a quelques années n’a pas changé sa situation. « Aujourd’hui encore, mon salaire ne suffit pas à faire face aux dépenses imprévues ou aux soins médicaux », a-t-il déploré.
Du point de vue de certains experts, le SMIG et le RMM, tels qu’ils sont définis aujourd’hui, sont largement déconnectés du coût réel de la vie. « Ces montants n’ont pas été révisés de manière significative depuis des années, alors que les prix des biens essentiels ont grimpé », explique Stevy Mba Allogho, économiste. Pour ce dernier, tant que le SMIG et le RMM resteront figés en deçà d’un seuil acceptable face à l’inflation, ils continueront d’être perçus comme insuffisants. Pour de nombreux travailleurs gabonais, travailler rime de plus en plus avec survie plutôt qu’avec autonomie et prospérité.
Au-delà des chiffres, cette situation soulève une question fondamentale : comment garantir aux travailleurs le droit à une vie décente ? Tant que le SMIG et le RMM resteront déconnectés de la réalité économique, le quotidien des salariés gabonais continuera d’être rythmé par le stress, les arbitrages et la précarité.
Le véritable défi pour les décideurs politiques et économiques sera de réconcilier la législation sur les salaires minimums avec le coût réel de la vie, afin que le travail ne soit plus seulement un moyen de subsistance, mais une véritable voie vers une vie digne. Adapter les revenus minimaux au coût réel de la vie et assurer un accompagnement social pour les plus vulnérables : sans cela, travailler ne sera plus un moyen de s’épanouir, mais un simple exercice de survie.

