Au Gabon, la tendance à attendre le dernier moment avant d’agir constitue souvent un véritable problème de société. Dans certains quartiers administratifs occupés illégalement, cette réalité se traduit aujourd’hui par des expulsions brutales. plusieurs familles ont dû quitter leurs habitations sous l’action des pelleteuses, Une opération légale engagée dans le cadre d’un vaste programme de réhabilitation et de modernisation de l’habitat public, mais dont les répercussions sociales pourraient affecter de nombreux ménages, notamment des élèves et des étudiants.
Cette sommation a été récemment réitérée. Sur les murs de certaines bâtisses promises à la démolition, des inscriptions visibles rappellent clairement l’imminence de l’opération. Malgré ces avertissements, de nombreux habitants sont restés sur place jusqu’au dernier moment.
Au total, près de 200 ménages sont concernés par cette mesure. Parmi eux figurent 143 occupants de la cité dite des 90 logements et 53 habitants du quartier des Trois Quartiers. Dans ces familles, on compte également des élèves et des étudiants, dont la situation de vulnérabilité ressort dans plusieurs témoignages recueillis sur place. « Nous savions que ces maisons devaient être démolies, nous avons reçus des documents à ce sujet, mais partir du jour au lendemain est très difficile », confie Monsieur Obame, ancien habitant, visiblement éprouvé par la situation. « Ici, il y a des enfants qui vont à l’école, des étudiants qui préparent leurs examens. Nous pensions que l’on nous accorderait au moins un délai de trois mois afin que les enfants puissent terminer les cours », déplore Carine, une autre ex habitante.
Toutefois, pour les familles concernées, cette opération n’est pas sans conséquences. L’attente du dernier délai avant de quitter les lieux entraîne des répercussions psychologiques et économiques importantes. « Mes frères et moi rentrons des cours fatigués et avec la faim au ventre, une fois à la maison, on découvre qu’il sont entrain de tout casser. Après la destruction de nos habitations, c’est toute notre vie qui se retrouve bouleversée », confie Junior visiblement abattu.
Cette journée symbolique met fin à une étape importante de l’histoire de ces quartiers, qui ont longtemps accueilli des familles et des fonctionnaires. Les murs qui ont vu grandir plusieurs générations vont bientôt céder la place à de nouveaux logements de fonction, prévus pour accueillir de futurs occupants.
Ces logements administratifs avaient été initialement construits pour accueillir des fonctionnaires gabonais. Leur destruction s’inscrit désormais dans un projet de réhabilitation porté par la Direction générale du patrimoine. L’objectif est de reconstruire de nouvelles infrastructures destinées à retrouver leur vocation première. « Comme vous pouvez le constater, les bâtiments sont derrière moi. étaient dans un état de délabrement extrêmement avancé et représentaient un danger pour les résidents », indique Tita Michel Édou Ngomo, directeur général du patrimoine. Une situation qui interpelle et qui devrait inciter les occupants d’autres cités administratives visées par des opérations similaires à anticiper, afin d’éviter de se retrouver confrontés aux mêmes difficultés.
Ainsi, au-delà des gravats et du bruit des pelleteuses, ce sont des fragments de vie qui disparaissent avec ces habitations. Entre nécessité de moderniser le patrimoine public et réalités sociales parfois difficiles, la transformation des Trois-Quartiers rappelle que derrière chaque opération d’aménagement urbain se trouvent des familles, des parcours et des espoirs qu’il faudra désormais accompagner pour que la reconstruction ne soit pas seulement celle des murs, mais aussi celle des vies.

