Depuis l’adoption de la loi référendaire n°002-R/2024, promulguée le 19 décembre 2024, le Gabon s’est doté d’une nouvelle Constitution. Parmi les changements majeurs figurent le rétablissement du poste de Vice-président de la République et la création d’un Vice-président du gouvernement, deux fonctions distinctes dont les attributions sont désormais définies par les articles 48 à 52 et 69.
Contrairement à certains systèmes présidentiels, le Vice-président de la République n’est pas élu au suffrage universel. Il est désigné par le chef de l’État, ce qui fait de lui un collaborateur direct, sans légitimité électorale propre. L’article 48 de la Constitution est clair à ce sujet : « Le Vice-président de la République est nommé par le président de la République qui met fin à ses fonctions ». Il ne forme donc pas un ticket avec le président, mais agit comme un bras droit, soumis à la volonté du chef de l’exécutif.
Le Vice-président de la République, fonction désormais occupée par Séraphin Moundounga, n’est pas nommé pour la durée du mandat présidentiel. Ses fonctions prennent fin automatiquement dans des circonstances bien déterminées. L’article 48 poursuit en indiquant : « Les fonctions du Vice-président de la République prennent fin à l’issue de la proclamation de l’élection présidentielle par la Cour constitutionnelle ou en cas de vacance de la Présidence de la République, pour quelque cause que ce soit, ou d’empêchement définitif du président de la République dûment constaté par la Cour constitutionnelle ». Autrement dit, en cas d’incapacité ou de décès du chef de l’État, le vice-président ne lui succède pas. Ce rôle relève d’autres mécanismes institutionnels.
Le Vice-président est tenu à une stricte neutralité et une disponibilité totale. La Constitution lui interdit d’exercer une autre fonction publique ou une activité privée lucrative. L’article 49 est sans ambiguïté : « Les fonctions de Vice-président de la République sont incompatibles avec l’exercice de toute autre fonction publique et activité privée à caractère lucratif ». Ce principe vise à garantir la pleine concentration de l’intéressé sur sa mission au service de l’État.
Avant d’entrer en fonction, le Vice-président de la République prête serment devant le président, en présence de la Cour constitutionnelle. Ce moment solennel traduit un engagement de loyauté. L’article 50 fixe la formule du serment : « Je jure de respecter la Constitution et l’État de droit, de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge dans le strict respect de ses obligations de loyauté et de confidentialité à l’égard du Chef de l’État ». Une promesse d’intégrité et de discrétion dans l’exercice d’une fonction de confiance.
Le Vice-président de la République n’a aucun pouvoir propre. Il intervient uniquement sur instruction du président de la République. L’article 51 le précise sans détour : « Le Vice-président de la République supplée le président de la République dans les fonctions que celui-ci lui délègue ». Même pour présider un Conseil des ministres, il devra obtenir une habilitation expresse, et suivre un ordre du jour fixé à l’avance. Les modalités de cette délégation seront encadrées par une future loi organique.
Le Vice-président de la République agit comme une extension politique et administrative du chef de l’État, sans indépendance réelle. Son rôle est symbolique autant que fonctionnel, inscrit dans une logique d’exécutif renforcé, mais toujours concentré autour d’un seul homme. Ce retour d’une fonction longtemps écartée vise davantage à soutenir le président qu’à partager le pouvoir.
Autre nouveauté introduite par la Constitution de décembre 2024 : la création d’un Vice-président du gouvernement. Ce poste est désormais occupé par Alexandre Barro Chambrier, économiste de formation et plusieurs fois ministre, qui inaugure une fonction totalement inédite.
L’article 69 de la Constitution décrit ainsi son rôle : « Le président de la République est le chef du gouvernement. Il est assisté d’un Vice-président du gouvernement qui assure la coordination de l’action gouvernementale. Il nomme les membres du gouvernement et détermine par décret leurs attributions. Il met fin aux fonctions des membres du gouvernement par décret ». Cette disposition consacre un mode de gouvernance où le président reste seul maître à bord, tout en déléguant la coordination de l’exécutif à un collaborateur de confiance.
Le Vice-président du gouvernement n’est pas le chef du gouvernement. Il ne dispose d’aucune autorité hiérarchique sur les ministres, et ne rend pas compte au Parlement comme le faisait un Premier ministre. Il est un coordinateur, chargé d’articuler l’action des membres du gouvernement, de veiller à sa cohérence et à sa fluidité. Un rôle stratégique, mais sans pouvoir propre ni marge de manœuvre indépendante.
Ce poste, sans précédent dans l’histoire institutionnelle du Gabon, constitue une page blanche à écrire. Le Vice-président du gouvernement devra innover, expérimenter et bâtir ses propres méthodes. Il devra fédérer sans imposer, harmoniser sans dominer. Dans un régime présidentiel renforcé, il est l’un des nouveaux rouages censés améliorer la performance de l’action publique, sans jamais faire d’ombre au président.
Avec ces deux figures nouvelles ou restaurées, le Gabon tente une architecture institutionnelle plus lisible, mieux équilibrée, et tournée vers l’efficacité. Si les défis sont nombreux, cette réforme offre une opportunité rare : repenser la gouvernance autour de la complémentarité, de la responsabilité et de l’adaptation à une société en constante mutation. Un pari audacieux, mais peut-être aussi un signal d’espérance pour une République en quête de renouveau.

