À l’heure où le commerce en ligne connaît un essor fulgurant, porté notamment par les réseaux sociaux, les dérives se multiplient. TikTok, Facebook, Instagram ou encore WhatsApp sont devenus de véritables vitrines commerciales où se côtoient vendeurs sérieux… et escrocs bien rodés.
Derrière des offres alléchantes et des visuels attractifs, de nombreuses arnaques piègent chaque jour des consommateurs, souvent sans recours.
Des prix imbattables… jusqu’à la disparition du vendeur
Le scénario est désormais bien connu. Une publication vante un produit tendance, téléphone, électroménager, vêtements, chaussures ou meubles, à un prix défiant toute concurrence. Le contact se fait rapidement en message privé, le vendeur rassure, promet une livraison rapide et exige un paiement par voie électronique. Une fois l’argent envoyé, plus aucune réponse. Le compte disparaît, le numéro est injoignable, et le client se retrouve sans produit ni remboursement.
« J’ai vu une annonce sur TikTok pour un téléphone à moitié prix. Le vendeur m’a demandé un paiement par mobile money. Dès que j’ai payé, il a cessé de répondre. Son compte a été supprimé le lendemain », témoigne Serge, jeune salarié à Libreville.
Produits non conformes et défauts dissimulés
D’autres arnaques sont plus subtiles. Le produit est bien livré, mais il n’a rien à voir avec celui présenté sur les photos. Qualité médiocre, article usé, contrefaçon ou défauts soigneusement cachés : le consommateur découvre la supercherie trop tard. « La robe reçue n’avait rien à voir avec celle de la vidéo. La couleur était différente et le tissu de très mauvaise qualité. Quand j’ai voulu me plaindre, le vendeur m’a bloquée », raconte Nadège, étudiante.
Une pratique de plus en plus répandue consiste à profiter de la lenteur ou du manque de réactivité de certains commerçants légitimes. Des individus se font alors passer pour des intermédiaires, laissent leur numéro sous les publications et convainquent les acheteurs de verser une avance avant livraison. Là encore, l’argent est encaissé et le colis n’arrive jamais. « Je pensais discuter avec la boutique officielle. En réalité, c’était un escroc qui se faisait passer pour le vendeur. J’ai perdu 30 000 francs », confie un client victime de cette manœuvre.
Quand certains clients deviennent aussi fraudeurs
Mais les dérives ne concernent pas uniquement les vendeurs. Certains clients profitent également des failles du paiement électronique. Après avoir réceptionné leur colis, ils annulent la transaction ou contestent le paiement, laissant le commerçant sans argent ni marchandise. « J’ai livré un client qui a ensuite annulé le paiement. J’ai tout perdu. Depuis, je me méfie et je refuse certaines méthodes de paiement », explique un jeune vendeur en ligne.
Appel à la vigilance… et à l’intervention de l’État
Face à la multiplication de ces pratiques, la vigilance individuelle est indispensable. Vérifier l’identité du vendeur, se méfier des prix trop bas parce que bien souvent, « le moins cher coûte cher », privilégier les paiements à la livraison et conserver les preuves des échanges sont autant de réflexes à adopter.
Mais au-delà de la prudence des consommateurs, la question de l’encadrement du E-commerce informel se pose avec acuité. Ces activités, largement non régulées, représentent à la fois un risque pour les citoyens et un manque à gagner pour l’État.
Il devient urgent que le ministère de l’Économie numérique s’empare de cette problématique, afin de mettre en place un cadre réglementaire clair, de renforcer la traçabilité des transactions en ligne et de protéger à la fois les consommateurs et les commerçants honnêtes. À défaut, les réseaux sociaux continueront d’être un terrain fertile pour les arnaques, sapant la confiance dans un secteur pourtant porteur d’opportunités économiques majeures.

