Libreville a, depuis 2022, un outil réglementaire censé encadrer la lutte contre l’insalubrité : l’Arrêté n°0461 du 28 septembre 2022 instituant une brigade municipale dédiée. Le texte existe. La brigade a été annoncée. Des sessions de formation avaient même été organisées à l’Hôtel de ville pour préparer les agents à leurs missions. Pourtant, près de quatre ans après son instauration, sa mise en application effective tarde à se matérialiser sur le terrain.
Sur le papier, les missions sont claires : surveiller le respect des règles d’hygiène urbaine, sensibiliser les populations et sanctionner les contrevenants. Mais dans les faits, la présence visible et structurée de cette brigade demeure difficile à constater. Les dépôts sauvages persistent dans plusieurs quartiers, les points noirs réapparaissent régulièrement et aucune campagne durable d’interventions systématiques ne semble s’imposer dans l’espace public. Une brigade qui existe juridiquement mais dont l’action reste imperceptible interroge nécessairement sur son niveau réel d’opérationnalisation.
Depuis l’élection de Pierre Matthieu Obame Etoughe à la tête de la municipalité en novembre 2025, la gouvernance de la mairie est revenue à une autorité élue. Toutefois, sur la question spécifique de la brigade anti-insalubrité, aucun tournant visible n’a encore marqué l’accélération de sa mise en œuvre. L’arrêté de 2022 est toujours en vigueur, mais son application concrète semble évoluer à un rythme bien plus lent que l’urgence environnementale que connaît la capitale.
L’enjeu n’est pas l’absence de cadre légal. Il est celui de l’exécution. Combien d’agents sont réellement déployés ? Combien d’opérations de contrôle sont menées chaque semaine ? Combien de sanctions ont été effectivement appliquées depuis l’instauration du dispositif ? Sans communication régulière, sans statistiques publiques et sans présence perceptible sur le terrain, la brigade municipale peine à incarner l’autorité qu’elle est censée représenter.
L’incivisme de certains citoyens est une réalité. Mais une politique publique ne peut reposer uniquement sur l’appel à la responsabilité individuelle. Elle doit s’appuyer sur des mécanismes visibles, constants et crédibles. Tant que la brigade municipale restera davantage évoquée dans les textes que constatée dans les rues, la lutte contre l’insalubrité à Libreville donnera l’impression d’un dispositif instauré… mais encore en attente de sa véritable mise en application.
Au-delà de la question de la visibilité, c’est aussi celle de la stratégie qui mérite d’être posée. Une brigade municipale ne peut produire d’effets durables sans coordination claire avec les services de collecte, sans cartographie précise des zones les plus touchées et sans plan d’action rendu public. Lutter contre l’insalubrité suppose une présence régulière aux heures et dans les lieux critiques, un suivi des infractions et une évaluation périodique des résultats. Sans cette structuration, le dispositif risque de demeurer administratif plutôt qu’opérationnel, alors même que l’urgence environnementale et sanitaire impose une réponse méthodique.
À terme, la crédibilité de la municipalité se jouera sur sa capacité à transformer un arrêté en réalité tangible. La population n’attend pas seulement des textes, mais des changements visibles : des espaces assainis durablement, des comportements corrigés, une autorité municipale assumée. Tant que la brigade anti-insalubrité ne sera pas clairement identifiée dans l’espace public et accompagnée de résultats mesurables, elle restera perçue comme une promesse différée, plus institutionnelle que concrète.

