Dans de nombreuses familles gabonaises, les enfants sont parfois victimes d’abus sexuels perpétrés par des proches. Dans un contexte de silence et de déni, ces traumatismes laissent des séquelles durables sur les victimes et interrogent sur la responsabilité collective au sein du foyer.
Depuis plusieurs années, un phénomène inquiétant se vit au sein des foyers gabonais : des enfants, souvent issus de familles recomposées, subissent des abus sexuels. « J’ai été victime d’abus de la part du conjoint de ma mère pendant plus de dix ans, et lorsque j’ai finalement trouvé le courage de lui en parler, elle ne m’a pas cru » a déclaré une anonyme. La complexité des liens familiaux et la peur de briser l’unité du foyer poussent fréquemment les victimes et leurs frères et sœurs au silence.
Dans de nombreux cas, les mères, conscientes des actes commis par leur conjoint ou par un membre de la famille, choisissent de fermer les yeux. « Le compagnon de ma mère est allé jusqu’à affirmer que c’était moi qu’il avait séduite et que ma mère devrait se méfier de moi. », a renchéri l’anonyme.
La crainte de perdre leur foyer ou de voir la réputation de la famille ternie prime souvent sur la protection de l’enfant. « Elle m’avait demandé de quitter leur maison pour éviter que ma mauvaise influence n’affecte ses enfants », a affirmé l’anonyme. Ce silence, loin d’apaiser les tensions, nourrit l’impunité et renforce le traumatisme des victimes.
Les conséquences sont lourdes. Sur le plan psychologique, les enfants exposés à ces violences peuvent développer anxiété, dépression, troubles du comportement ou difficultés relationnelles. « Un enfant abusé peut devenir silencieux, peureux, agité ou se replier sur lui-même, présenter des troubles du sommeil, des cauchemars ou des douleurs sans cause médicale. L’adolescent peut changer brutalement d’attitude, devenir agressif, triste ou perdre tout intérêt pour l’école. Ces signes sont souvent mal interprétés comme de la sorcellerie, de la rébellion ou un manque d’éducation, alors qu’ils traduisent un traumatisme profond.», a déclaré Hynnel Verley Mawele Mbembou psychologue clinicien et psychopathologue.
Sociologiquement, ces traumatismes peuvent affecter le développement social et éducatif, impactant leur vie adulte et leur intégration dans la société.« Certaines victimes, après ces abus, se retrouvent exclues du circuit familial, livrées à elles-mêmes, parfois à la rue, sans aucun soutien.», a déclaré Diego Falandry Samouele, sociologue
Briser le silence est essentiel. Sans dialogue ni dénonciation, le cercle vicieux de l’abus familial continue, fragilisant des générations entières. La société gabonaise se trouve face à un défi majeur : protéger les enfants tout en repensant les mécanismes de solidarité et de vigilance au sein de la cellule familiale.

