Très souvent c’est un aspect apparenté à de l’amour passionnel ou encore minimisé au nom du romantisme, la dépendance affective enferme pourtant de nombreuses personnes dans des spirale amoureux déséquilibrées, douloureuses et parfois silencieuses. C’est un trouble encore trop peu reconnu au Gabon, mais aux conséquences bien réelles.
Dans certaines relations, aimer devient un combat intérieur. On s’y engage avec sincérité, on y investit du temps, de l’énergie, des émotions. Mais, face à soi, l’autre ne renvoie pas la même intensité. L’affection offerte ne trouve pas d’écho, les gestes restent à sens unique, et pourtant, partir semble impossible.
La dépendance affective se manifeste précisément dans cette incapacité à se détacher d’un lien qui fait souffrir. « Sur le plan psychologique, la dépendance affective n’est pas le fait d’aimer trop, mais le fait de ne plus pouvoir se sentir exister sans l’autre. Dans un attachement affectif normal, l’autre est important, il compte, il apporte du bonheur, mais il ne devient pas une condition de survie psychique », a déclaré Hynnel Verley Mawele Mbembou, psychologue clinicien et psychopathologue. Même lorsque l’amour n’est pas partagé, même lorsque les signes de désintérêt sont clairs, la personne dépendante préfère nier la réalité. Elle s’accroche à l’espoir : celui qu’un jour, l’autre finira par aimer « comme il faut ».
Ce mécanisme repose souvent sur une peur profonde de l’abandon, un manque d’estime de soi ou des blessures affectives anciennes. « La peur de perdre l’autre envahit l’esprit, au point que l’on accepte des situations qui font souffrir, simplement pour ne pas être abandonné. Ce n’est donc pas une question d’amour excessif, mais d’insécurité intérieure profonde », a renchéri l’expert.
Être aimé devient alors vital, au point d’accepter le déséquilibre, l’attente permanente et parfois même l’humiliation. « Ces personnes ont un besoin constant d’être rassurées, validées, aimées, parfois au prix de leur propre dignité. Elles supportent des humiliations, des infidélités, des violences psychologiques, parce que la solitude lui paraît plus insupportable que la souffrance. » a-t-il révélé. On fait comme si tout allait bien, on minimise sa souffrance, on se persuade que la patience sera récompensée.
Or, cette illusion a un coût psychologique lourd. À force de s’oublier, la personne dépendante s’éloigne de ses propres besoins, de ses limites et de son identité. « Le contexte social et culturel renforce parfois cette dynamique, notamment dans des sociétés où l’on valorise le couple à tout prix, où être seul est perçu comme un échec, et où l’on apprend davantage à endurer une relation qu’à se protéger émotionnellement », a t-il affirmé. La relation devient une prison émotionnelle où l’on survit plus qu’on ne vit.
Longtemps invisibilisée, la dépendance affective mérite aujourd’hui d’être reconnue comme un véritable trouble psychologique. « Ce qui est paradoxal, c’est que plus la personne s’accroche, plus elle risque d’être blessée ou abandonnée, ce qui renforce encore le cercle de la dépendance », a-t-il souligné. En parler, c’est déjà rompre le silence et ouvrir la voie à une reconstruction plus saine des liens amoureux.
Afin de dépasser cet état de trouble persistant, il est fortement préconisé de consulter un professionnel de la santé mentale. « La prise en charge psychologique vise d’abord à aider la personne à se reconnecter à elle-même, à comprendre son histoire affective et à identifier ses blessures anciennes. La thérapie permet de reconstruire l’estime de soi, d’apprendre à poser des limites et à tolérer la solitude sans s’effondrer. Il ne s’agit pas d’apprendre à ne plus aimer, mais à aimer sans se perdre », a-t-il conclu. Cet accompagnement permet de mieux comprendre les mécanismes à l’origine de cette souffrance, de rompre avec la spirale destructrice dans laquelle la personne peut s’enfermer, et d’engager un processus de reconstruction durable, fondé sur l’écoute, le soutien et des outils adaptés.
Reconnaître la dépendance affective, c’est refuser de confondre amour et souffrance. C’est rappeler qu’aimer ne devrait jamais signifier s’oublier, se diminuer ou survivre dans l’attente. En redonnant toute sa place à la santé mentale et à l’estime de soi, il devient possible de transformer les liens amoureux en espaces de sécurité, et non de douleur.

