Dans plusieurs quartiers du Grand Libreville et de l’intérieur du pays, trouver un taxi devient un véritable parcours du combattant, surtout à certaines heures de la journée ou de la nuit. Si l’insuffisance du parc automobile et la dégradation des routes sont souvent pointées du doigt, de nombreux chauffeurs et usagers dénoncent aujourd’hui un autre facteur déterminant : la multiplication des contrôles jugés abusifs.
Sur les principaux axes routiers, les barrages se succèdent. Contrôles de routine, vérification de documents, fouilles parfois prolongées : autant de pratiques qui, selon les conducteurs de taxis, rendent leur activité de plus en plus risquée et peu rentable. Résultat, plusieurs d’entre eux préfèrent éviter certaines zones ou limiter leurs déplacements, laissant des quartiers entiers sans moyens de transport régulier.
« Il y a des endroits où je n’entre plus, surtout le soir. On peut être arrêté trois ou quatre fois sur un même trajet. Même quand les papiers sont en règle, on vous fait perdre du temps ou on vous met la pression », confie Jean, chauffeur de taxi depuis plus de dix ans à Libreville. Selon lui, chaque arrêt prolongé signifie une perte sèche, dans un contexte où les recettes quotidiennes sont déjà fragiles.
Le phénomène n’épargne pas les usagers. À Nzeng-Ayong, Angondjé ou encore dans certaines zones périphériques d’Owendo, des habitants racontent attendre parfois plus d’une heure avant de trouver un taxi. « À certaines heures, c’est presque impossible. Les chauffeurs disent qu’il y a trop de contrôles sur la route. On finit par marcher ou appeler quelqu’un pour venir nous chercher », explique Mireille, employée dans le secteur privé.
Pour certains chauffeurs, ces contrôles vont au-delà de la simple vérification administrative. « On parle souvent de sécurité, mais sur le terrain, on a l’impression que c’est devenu un moyen de nous décourager. Beaucoup de collègues préfèrent rester au garage ou travailler uniquement dans des zones “sûres” », déplore Patrick, membre d’un collectif informel de taximen. Il affirme que plusieurs conducteurs ont abandonné l’activité, faute de conditions de travail acceptables.
Du côté des autorités, les contrôles sont officiellement justifiés par la nécessité de lutter contre l’insécurité, la circulation de véhicules en mauvais état et le non-respect du Code de la route. Un objectif que peu contestent sur le principe. Cependant, de nombreux observateurs estiment que l’absence de clarté et d’uniformité dans les pratiques contribue à installer un climat de méfiance.
« Quand les contrôles deviennent imprévisibles et perçus comme arbitraires, ils produisent l’effet inverse de celui recherché. Les taxis désertent certaines zones, ce qui pénalise surtout les populations modestes », analyse un riverain de Nzeng-Ayong, qui appelle à une meilleure coordination entre les forces de l’ordre et les acteurs du transport.
À terme, cette situation pose un problème plus large d’accès à la mobilité. Le taxi reste, pour une grande partie des Gabonais, le principal moyen de déplacement quotidien. Sa raréfaction dans certains quartiers accentue les inégalités territoriales et complique la vie des travailleurs, des élèves et des patients.
Entre impératif de sécurité et nécessité de garantir un service de transport fluide, le défi est donc de taille. Pour de nombreux chauffeurs et usagers, une chose est claire : sans une régulation plus équilibrée et des contrôles mieux encadrés, le manque de taxis dans certaines zones risque de s’aggraver, au détriment de la population.

