Dans une publication diffusée sur sa page Facebook le jeudi 6 février 2025, le premier ministre de la transition, Raymond Ndong Sima, a livré une réponse cinglante aux attaques répétées contre lui et contre le projet AGROPAG. Face aux accusations de népotisme, de détournement de fonds publics et de manipulation des chiffres, le membre du gouvernement a tenu à rétablir les faits et dénoncer les comportements qu’il juge irresponsables.
Depuis le début de l’année 2025, les critiques à l’encontre de Raymond Ndong Sima se sont multipliées, notamment lors de la cérémonie des vœux au président de la République, où certains ont affirmé qu’il refusait d’embaucher tous les postulants à la fonction publique ou de payer les droits des cheminots déflatés depuis vingt ans. À cela se sont ajoutées des attaques sur le projet AGROPAG, accusé d’être une société privée et de gonfler les chiffres liés aux importations de bétail.
Face à ces allégations, Raymond Ndong Sima a opposé des faits concrets, rappelant que AGROPAG n’est ni une société privée, ni sa propriété, et qu’il ne détient aucune action en son sein. « Qui peut encore soutenir que AGROPAG est une société privée, ma société ou même une société dans laquelle je détiendrais une seule action ? Qui peut soutenir que 150 bœufs ont en réalité été importés ? Qui n’a pas vu l’imposant troupeau présent à Ndendé après celui, plus modeste mais tout aussi important, de Ntoum ? », a-t-il déclaré.
Le mardi 28 janvier, le premier ministre s’était déjà exprimé sur Gabon Première, avant de visiter successivement la ferme de Ntoum le 4 février et le ranch de Ndendé le 5 février. Selon lui, « ces déplacements ont démontré l’existence d’un cheptel important, d’importantes surfaces aménagées et ensemencées, ainsi que la mise en place d’infrastructures comme des pistes, des clôtures et un hangar destiné à la collecte du lait».
Autre point sur lequel Raymond Ndong Sima a tenu à s’expliquer : les accusations de népotisme concernant la formation de 39 Gabonais au Brésil. Il reconnaît qu’un membre de sa famille faisait partie des bénéficiaires, mais interroge. « Un. Oui, et alors ? Ne serait-il pas Gabonais ? ».
Un enjeu stratégique pour le Gabon
Raymond Ndong Sima estime que les attaques contre AGROPAG sont le fait d’opportunistes politiques, qu’il qualifie ironiquement de « Constellation des Opportunistes Inséparables du Larbinisme (COPIL) ». Il déplore le fait que des personnalités publiques s’acharnent contre un projet qui devrait pourtant faire consensus, tant la dépendance alimentaire du Gabon est une question cruciale.
Après avoir rappelé que même si seulement 20 % du projet aboutissait, ce serait une avancée majeure pour le pays. Raymond Ndong Sima a mis en garde contre une politisation excessive des débats et insiste sur l’importance de soutenir les initiatives qui visent à réduire le chômage et à revitaliser l’arrière-pays.
Enfin, le premier ministre de la transition a fustigé la contradiction de ses détracteurs, qui dénoncent les bœufs importés du Brésil comme étant potentiellement cancérigènes, alors que ce même pays fournit déjà de la viande et de la volaille au Gabon depuis des années. Pour lui, ces accusations illustrent une volonté de nuire plutôt qu’un véritable souci de transparence.
Derrière ce bras de fer entre Raymond Ndong Sima et ses détracteurs, une question demeure : le débat porte-t-il vraiment sur l’avenir de l’élevage au Gabon, ou sert-il d’écran de fumée à des querelles politiques ? Le Premier ministre se défend avec force, chiffres et visites à l’appui, mais cela suffira-t-il à convaincre une opinion publique de plus en plus sceptique face aux promesses officielles ?
Le fond du problème réside ailleurs : AGROPAG incarne-t-il un tournant pour la souveraineté alimentaire du pays ou devient-il l’otage des tensions entre les acteurs de la transition ? Ce qui est sûr, c’est que dans cette guerre de communication, chacun tente d’imposer sa version des faits. Entre l’agriculture et la politique, la frontière semble, une fois de plus, bien mince et continue d’être cultivée.

