Difficile de passer une journée sans croiser ces vendeurs qui, aux abords des routes et aux feux tricolores, brandissent fruits, bouteilles d’eau, plats cuisinés ou vêtements à la vue des automobilistes. Dans plusieurs quartiers de Libreville, le décor est devenu familier. Une activité communément appelée vente à la sauvette ou vente ambulante. Mais derrière cette économie de survie se cachent des risques bien réels.
Pour beaucoup, la rue représente la seule alternative face à un marché de l’emploi saturé. Avec un taux de chômage estimé à plus de 30 %, notamment chez les jeunes, la vente ambulante apparaît comme une solution immédiate pour générer un revenu.
« On ne fait pas ça par plaisir. C’est pour survivre. Il faut bien manger et aider la famille », confie un jeune vendeur rencontré au Rond-point d’Awendjé. Un riverain, lui, observe le phénomène avec ambivalence : « On Comprend leur situation, mais c’est dangereux, surtout aux heures de pointe ».
Aux heures d’affluence, les vendeurs slaloment entre les véhicules, parfois au mépris des règles élémentaires de sécurité. L’exposition aux accidents de la circulation est constante. Plusieurs usagers de la route dénoncent également des freinages brusques et des manœuvres imprudentes provoquées par l’interaction entre automobilistes et vendeurs. Rodrigue Edou, un agent municipal, rappelle que « l’occupation anarchique de la voie publique constitue une infraction et met en danger aussi bien les vendeurs que les conducteurs ».
Les opérations de déguerpissement sont régulièrement menées, mais le phénomène persiste. Au-delà du danger routier, la question sanitaire inquiète. Produits alimentaires exposés au soleil, absence de chaîne de froid, conditions de conservation précaires : les consommateurs s’exposent à des risques d’intoxication.
« La vente de denrées alimentaires sur la voie publique, sans contrôle sanitaire ni autorisation, peut engager la responsabilité du vendeur en cas de préjudice », explique Jean-Marc Ose, juriste. Il rappelle que la réglementation encadre strictement les activités commerciales, notamment en matière d’hygiène et d’occupation du domaine public.
La vente ambulante soulève ainsi une équation complexe : comment concilier impératif social et respect des normes de sécurité et de santé publique ? Pour certains observateurs, la solution ne réside pas uniquement dans la répression, mais dans un encadrement structuré, la délivrance d’autorisations temporaires, la formation à l’hygiène et à la sécurité.
Conscient des enjeux, l’État gabonais multiplie les initiatives pour pallier ce genre de situation par la construction de plusieurs marchés modernes construits à travers la capitale et les communes périphériques, offrant ainsi aux vendeurs des espaces légaux, mieux équipés et adaptés à la sécurité des transactions.

