Longtemps restés dans les marges du secteur informel, les artistes et acteurs culturels gabonais voient enfin une porte s’ouvrir vers une existence professionnelle reconnue. Sur le plateau de l’émission Le Gouvernement s’exprime sur Gabon 24, le ministre de la Jeunesse, des Sports, du rayonnement Culturel et des Arts Paul Ulrich Kessany a tracé les contours d’une ambition claire : transformer le talent brut en un métier protégé, structuré et soutenu par l’État.
Le premier grand chantier est celui de la connaissance. Comment aider celui que l’on ne voit pas ? Le ministère a entrepris un vaste travail de recensement pour dresser une cartographie précise des forces vives de la culture. L’idée, comme le souligne le ministre, est d’accompagner progressivement ces acteurs du secteur informel vers le secteur formel. Ce n’est pas qu’une question de chiffres, c’est une question d’existence sociale pour ceux qui font rayonner l’identité du pays.
Cette transition passera par un outil concret : la carte professionnelle. Ce document ne sera pas une simple formalité, mais un véritable sésame permettant de bénéficier d’avantages et de droits spécifiques, notamment à travers le Bureau gabonais des droits d’auteurs (BUGADA).
Le paradoxe des droits d’auteur
Le constat actuel est pourtant frappant. Alors que la loi d’orientation de la culture définit un cadre de financement pour accompagner les artistes, l’engouement reste timide. « On remarque aujourd’hui que nous n’avons que 300, à peine 400 acteurs culturels inscrits au BUGADA », a déploré Paul Ulrich Kessany.
Ce décalage entre les outils disponibles et la réalité du terrain souligne l’urgence de la restructuration en cours. Avec la promulgation du statut de l’artiste, le secteur culturel gagne en clarté. L’artiste n’est plus seulement celui qui crée, il devient un travailleur à part entière, avec des droits et des devoirs définis par la loi.
Pour que cette réforme réussisse, le ministre en appelle à la participation active des principaux concernés. Le programme se décline en deux étapes clés : d’abord l’enregistrement pour figurer sur la cartographie nationale, puis l’enrôlement formel pour accéder aux aides et aux droits sociaux.
C’est une main tendue vers la communauté artistique pour bâtir un écosystème où la création ne rime plus avec précarité. En structurant ainsi le secteur, le Gabon choisit de protéger son patrimoine vivant et de donner à ses enfants les moyens de vivre dignement de leur art.

