Au début du XXᵉ siècle, alors que l’occupation coloniale française s’étendait sur le Gabon, de nombreux peuples autochtones se sont insurgés pour défendre leur territoire et préserver leur souveraineté. Parmi les figures emblématiques de cette résistance, Mavurulu Ma Nziengui, plus connu sous le nom de Nyonda Makita (1870-1912), s’impose comme un leader punu courageux et invincible, dont le nom reste gravé dans l’histoire du Gabon.
Issu de l’ethnie punu et du clan Bagambu, Nyonda Makita est né vers 1870 dans la province de la Nyanga. Il est le neveu de Mbombe A Nyangue, chef tsogho de Mimongo, qui l’initie aux rites ancestraux du Bwiti, lui transmettant des savoirs stratégiques et spirituels qui lui permettront plus tard de résister avec succès aux forces coloniales. Reconnu pour sa pugnacité, son insoumission et son sens de la conquête, Nyonda Makita dirigeait son clan depuis le massif forestier du Mocab/Mokabe, à Kumeramba et Murundi, étendant son influence sur les territoires punu et tsogho.
Le déclenchement de la révolte
La rébellion de Nyonda Makita trouve ses racines dans la politique coloniale répressive et les abus commis par l’administration française. Dès 1905, les gardes coloniaux, souvent d’origine sénégalaise, s’adonnaient à des violences systématiques : flagellations, enlèvements, réquisitions de forêts sacrées et exactions sexuelles contre les femmes et les paysans. L’instauration de taxes coloniales sous le gouverneur Émile Gentil accentua la frustration et la colère des populations locales.
Face à cette situation, Nyonda Makita décide, dès 1906, de lancer une insurrection pour protéger son peuple et défendre l’intégrité de ses terres contre l’assujettissement colonial.
Les batailles et victoires mémorables
À partir de 1907, Nyonda Makita mène une série d’attaques contre les troupes françaises dans la région de Moabi et la haute Ngounié. Les opérations militaires coloniales, conduites successivement par les capitaines Conrad, Collona Le Leca et Le Meillour, échouent systématiquement face aux tactiques de guerre traditionnelles maîtrisées par les guerriers punu, formés aux rites du Bwiti et à la connaissance du terrain.
Entre 1906 et 1909, plusieurs expéditions françaises sont repoussées, souvent avec de lourdes pertes humaines, illustrant la maîtrise stratégique et la détermination de Nyonda Makita et de ses compagnons.
La prise d’otages et la capitulation
Ne pouvant vaincre le chef punu directement, les autorités coloniales recourent à une stratégie cruelle : elles prennent en otage les proches de Nyonda Makita pour le contraindre à se rendre. Réfugié à Lébamba, dans la région de Gnanga, le guerrier choisit de capituler afin de préserver la vie des familles innocentes, démontrant son altruisme et son sens du devoir envers sa communauté.
Après sa reddition volontaire au poste de Ndendé, Nyonda Makita est emprisonné et meurt en 1912, quelques semaines après son incarcération. Les causes exactes de son décès restent à ce jour incertaines, mais son courage et sa résistance sont célébrés dans la mémoire collective gabonaise.
Héritage et commémoration
Le 1er juillet est désormais dédié au Gabon à la commémoration de la bataille de Mavurulu, rappelant le courage et la résistance du guerrier punu. Son nom a été donné au lycée technique Nyonda Makita de Mouila, afin de perpétuer la mémoire de ce héros qui symbolise la lutte pour la liberté et la dignité du Gabon.

