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    Gabon : l’insécurité morale, une violence banalisée

    Gabon 24Gabon 2422 septembre 2025Aucun commentaire158
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    © Miguel A. San Joaquín / Banque mondiale.
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    Au Gabon, l’insécurité morale demeure une réalité invisible, largement ignorée dans les débats publics. Présente dans les relations familiales, professionnelles et éducatives, cette forme de violence psychologique ne laisse ni bleus ni cicatrices apparentes, mais fragilise durablement la santé mentale des victimes. Derrière le silence, des vies se brisent à petit feu.

    L’insécurité morale se manifeste à travers des attitudes et comportements subtils mais profondément déstabilisants : humiliations, moqueries, isolement, dévalorisation permanente, chantage émotionnel ou encore pression sociale. « Lorsqu’une personne vit sous la menace constante d’humiliations, de manipulations, de dévalorisations ou de chantages affectifs, elle ne se sent plus en sécurité dans son existence psychique », explique Hynnel Verley Mawele Mbembou, psychologue clinicien et psychopathologue.

    Cette forme de manipulation pousse les victimes à douter de leur propre perception de la réalité. Souvent banalisées ou considérées comme « normales » au sein des dynamiques relationnelles, ces violences s’ancrent parfois dans des normes culturelles qui les légitiment. Pourtant, leurs effets sont bien réels : perte de confiance en soi, anxiété chronique, isolement social, dépression, voire syndromes de stress post-traumatiques.

    Dans de nombreuses familles gabonaises, la violence morale se traduit par un contrôle affectif, des pressions silencieuses ou des remarques dégradantes adressées aux femmes, aux enfants, et parfois aux hommes. « On les justifie parfois au nom de la tradition, de l’autorité ou même de l’amour », souligne le psychologue. Conséquence : des générations entières grandissent dans un climat émotionnel instable, sans apprendre à exprimer ni à reconnaître leurs émotions.

    Le milieu scolaire constitue également un terrain propice. Certains enseignants, parfois eux-mêmes sous pression ou mal formés à la gestion psychologique, recourent aux humiliations publiques, aux sarcasmes ou au favoritisme. « Quand j’étais élève, un professeur s’est moqué de moi devant toute la classe, ce qui m’a valu des railleries répétées de mes camarades », témoigne Adriana, ancienne élève. Entre pairs, la moquerie et le harcèlement psychologique sont aussi fréquents, souvent tolérés sous couvert de plaisanteries.

    Dans le monde du travail, la hiérarchie, le manque de reconnaissance, les brimades, les objectifs irréalistes ou les critiques incessantes créent un climat d’insécurité morale. Nombreux sont ceux qui n’osent pas se plaindre, par crainte de perdre leur emploi ou d’être jugés « faibles » ou « non professionnels ». L’un des obstacles majeurs à la reconnaissance de cette violence reste sa banalisation. « Ces violences sont souvent normalisées dans les couples, les familles, les écoles ou les entreprises », confirme le psychologue.

    Dans la société gabonaise, comme ailleurs, exprimer sa souffrance émotionnelle est parfois perçu comme une faiblesse. Des phrases telles que « ce n’est pas si grave », « sois fort » ou « elle exagère » minimisent la douleur psychologique. De plus, la culture du silence et le respect quasi absolu de l’autorité parentale, conjugale ou professionnelle empêchent toute remise en question. Résultat : les victimes s’enferment dans la culpabilité ou l’auto-censure, tandis que les agresseurs restent impunis.

    Les conséquences sur la santé mentale sont multiples et durables : troubles anxieux et dépressifs, perte de l’estime de soi, isolement social, burn-out, difficultés relationnelles persistantes ou encore risques accrus de maladies psychosomatiques. « C’est pourquoi nous disons que la violence psychologique est une véritable arme morale qui détruit sans bruit », conclut Hynnel Verley Mawele Mbembou.

    La santé mentale reste un sujet tabou, peu pris en charge par le système public. Les structures spécialisées sont rares et le recours à un psychologue ou un psychiatre demeure inaccessible pour une grande partie de la population, tant pour des raisons financières que culturelles. Face à cette réalité, les professionnels de santé mentale appellent à une prise de conscience collective afin de rompre le silence et de briser le cycle destructeur de la violence psychologique.

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